Shelly : panorama complet d’une marque domotique qui s’ouvre enfin à tous
Shelly, on connaît le nom sans le savoir vraiment. C’est cette marque de modules domotiques qui se glissent derrière un interrupteur ou dans un tableau électrique, sans jamais faire de bruit côté marketing. Longtemps réservée aux bidouilleurs qui maîtrisaient le Zigbee ou le Z-wave du bout des doigts, Shelly a pris un virage clair ces deux dernières années : s’ouvrir au grand public, sans rien perdre de sa profondeur technique. Avec les annonces faites à l’IFA 2026 de Berlin, c’est le bon moment pour faire un vrai tour d’horizon de la marque et comprendre pourquoi elle mérite qu’on s’y attarde, geek ou pas.
Shelly, l’historique discret de la domotique
Shelly est une marque de la société bulgare Allterco Robotics, connue depuis plusieurs années dans le petit monde de la domotique pour ses modules compacts, capables de se cacher derrière un interrupteur ou dans une boîte de dérivation. Contrairement à beaucoup de fabricants qui misent sur des objets bien visibles (ampoules, prises, caméras posées en évidence), Shelly a construit sa réputation sur l’invisible : des relais, des capteurs et des modules qui font le travail sans qu’on les voie.

Cette discrétion a un revers : Shelly a longtemps eu une image un peu austère, taillée pour des utilisateurs qui savent déjà ce qu’est une intégration Home Assistant ou un flash de firmware. Le grand public, lui, passait souvent à côté. C’est justement ce qui est en train de changer.
Une ouverture massive aux protocoles grand public
C’est sans doute le changement le plus important chez Shelly ces dernières années. La marque ne s’appuie plus seulement sur le Zigbee et le Z-wave, deux protocoles solides mais qui demandent un minimum de connaissances techniques (une box centrale, une passerelle, parfois une configuration qui décourage). Les nouveaux modules Shelly parlent aussi Wi-Fi, Bluetooth et surtout Matter over Wi-Fi, avec même de premiers modules compatibles Thread qui arrivent.
Pourquoi ça change tout ? Parce que Matter est justement le protocole pensé pour parler à tout le monde : une fois un appareil Shelly certifié Matter installé, il peut rejoindre aussi bien l’écosystème Alexa que Google Home ou Apple Home, sans bidouille. Plus besoin de choisir son camp avant d’acheter, ni de vérifier la compatibilité sur un forum avant de passer commande.
Et pour les geeks (dont je fais partie), rien ne change côté liberté : tout reste également connectable à Home Assistant ou à Homey, avec des intégrations natives et bien maintenues. Shelly continue d’investir clairement dans cette ouverture multi-écosystèmes plutôt que de pousser son propre hub fermé, et c’est suffisamment rare dans ce secteur pour être souligné.

La meilleure illustration de cette philosophie, c’est la mise à jour 2.8.0 des Wall Display, les écrans muraux de la marque. Avec cette mise à jour gratuite, les modèles récents (X1i, X2i, XL, U1, S1, S2, XT) deviennent capables de faire à la fois contrôleur Matter et accessoire Matter en même temps : ils peuvent piloter des lumières, volets, thermostats, prises ou capteurs d’autres marques, en local, sans dépendre du cloud, tout en restant compatibles avec Apple Home, Google Home, Alexa, SmartThings ou Home Assistant.
Le tableau électrique plutôt que l’ampoule par ampoule
C’est l’autre grande force de Shelly, et sans doute ce qui la distingue le plus des marques grand public façon Tapo ou Aqara : la possibilité de prendre le contrôle de sa maison depuis le tableau électrique ou derrière un interrupteur, sans rien changer à l’installation existante.
Concrètement, un module comme le Shelly 1 Gen4 (ou ses petits frères 1L et 2L Gen4) vient se glisser dans le tableau électrique ou derrière l’interrupteur, et transforme un circuit classique en circuit piloté à distance, sans toucher aux ampoules. Les versions « L » fonctionnent même sans fil neutre, ce qui les rend compatibles avec une grande partie des installations anciennes, un vrai point fort en rénovation. Résultat : toute une pièce, voire toute une maison, devient pilotable d’un coup, sans avoir à remplacer chaque ampoule une par une par une version connectée (souvent plus chère et pas toujours plus fiable).

À côté des relais, Shelly complète cette approche avec des modules d’entrée comme le i4 Gen4 (quatre entrées pour déclencher des scènes ou piloter d’autres appareils) et des compteurs d’énergie comme l’EM-63 Gen4, capables de suivre la consommation d’un circuit jusqu’à 63A. De quoi transformer un tableau électrique classique en véritable centre de contrôle de la maison, sans qu’on le voie de l’extérieur.
Le tour d’horizon des nouveautés IFA 2026
Le salon IFA de Berlin, en septembre 2026, a été l’occasion pour Shelly de dévoiler une vague de nouveautés qui confirme cette stratégie d’ouverture. Voici l’essentiel à retenir.

- Shelly Camera : une caméra Full HD 1080p autour de 40 €, avec enregistrement local sur carte microSD sans le moindre abonnement obligatoire. Un abonnement Premium à 3,99 €/mois (3 mois offerts) ajoute la reconnaissance d’objets par IA et le stockage cloud, mais reste optionnel. Compatible Alexa, Google Home, Home Assistant et même Frigate.
- Wall Display X1i : l’écran mural nouvelle génération (dalle tactile 4 pouces, processeur quad-core, Wi-Fi 6, Bluetooth 5.0, relais intégré), qui devient avec la mise à jour 2.8.0 un vrai hub Matter, avec intégration native à Home Assistant.
- Shelly 1L Gen4, 2L Gen4 et i4 Gen4 : les nouveaux relais et modules d’entrée compatibles Wi-Fi, Bluetooth, Zigbee et Matter, pensés pour l’installation derrière un interrupteur sans neutre.
- Gamme BLU Zigbee : les capteurs BLU Motion ZB (détection de mouvement), BLU Door/Window Mini ZB (pour les cadres étroits) et BLU Door/Window Outdoor ZB (norme IP55, pour un portail ou un abri de jardin) passent au double protocole Bluetooth et Zigbee au choix.
- BLU TRV nouvelle version : la vanne thermostatique pour piloter le chauffage radiateur par radiateur profite d’un moteur plus silencieux, d’une autonomie de deux ans et d’une nouvelle fonction passerelle qui évite d’acheter un gateway dédié.
- Shelly Flood S Gen4 : un détecteur de fuite d’eau certifié Matter, sous les 30 €, avec trois grands plots en inox pour une meilleure détection et deux ans d’autonomie sur pile.
- LOQED Pure : un partenariat avec la marque de serrures connectées LOQED, pour verrouiller sa porte sans clé physique, piloté depuis l’app Shelly ou LOQED.
- ThreadLink : une future mise à jour firmware (d’ici environ trois mois) qui fera tourner une vraie pile Thread sur certains modules Gen4, en plus du Wi-Fi, pour unifier Matter, le cloud Shelly et le contrôle local d’appareil à appareil.

Shelly a aussi annoncé plusieurs partenariats bien pensés via l’intégration de leur SoC dans les appareils d’autres marques comme avec MIELE pour piloter des appareils électroménagers selon les tarifs de l’électricité, avec Hörmann pour les portes de garage, et avec Rademacher pour les volets roulants. Une façon de plus d’étendre l’écosystème en permettant aux fabricants de se baser sur un écosystème solide sans créer leur propre système qui restera en vase clos.
Une gamme discrète, mais l’une des plus complètes du marché
Quand on met bout à bout tout ce qu’on vient de voir, on obtiens une gamme qui couvre à peu près tout : relais et modules pour l’électrique, capteurs de présence, d’ouverture et de fuite d’eau, gestion de l’énergie, chauffage, éclairage, caméra et même serrure connectée. Peu de marques domotiques peuvent aligner un catalogue aussi large, capable de répondre autant aux besoins d’un débutant qui veut juste piloter son chauffage qu’à ceux d’un passionné qui veut tout automatiser depuis Home Assistant.
Shelly reste pourtant beaucoup plus discrète, côté communication, que des marques comme Aqara ou Tapo. Pas de gros coup marketing, pas d’ampoule connectée à paillettes : juste des produits qui font leur travail, et une gamme qui s’agrandit régulièrement sans faire de bruit. Si vous êtes passé à côté de la marque jusqu’ici, c’est le moment de s’y intéresser, d’autant plus que la plupart de ses nouveaux produits sont pensés pour être installables par des non-initiés. On retrouvera d’ailleurs prochainement des tests de matériels Shelly sur le site.
La philosophie qui nous parle : rester maître de sa maison (et de ses données)
C’est sans doute le point qui nous tient le plus à cœur sur ECRtech : Shelly revendique une philosophie où le cloud est une option, jamais une obligation. La caméra fonctionne très bien avec un simple enregistrement local sur carte microSD, sans abonnement. Les modules exposent des API locales (interface web, RPC, MQTT) utilisables sans même créer de compte chez Shelly. Et quand un cloud existe, comme pour les fonctions avancées de la caméra, il est hébergé en Europe et conforme au RGPD.
Cette idée que l’installation électrique doit d’abord fonctionner toute seule, sans dépendre d’un serveur à l’autre bout du monde, et que la connectivité vient seulement ajouter des fonctionnalités par-dessus, c’est exactement la vision qu’on défend. Une maison connectée, oui, mais qui reste sous ton contrôle, pas sous celui d’une appli qui pourrait disparaître du jour au lendemain.
En résumé

Shelly n’a plus rien d’une marque de niche réservée aux bidouilleurs. Avec son ouverture au Wi-Fi, au Bluetooth, à Matter et bientôt à Thread, la marque parle enfin au grand public tout en gardant ce qui a fait sa réputation : des modules qui se glissent dans l’installation existante, une gamme large et cohérente, et une vraie indépendance vis-à-vis du cloud. On continuera à suivre de près les prochaines sorties et à vous en parler sur ECRTech.