Matter commence enfin à apparaître sur une part significative des appareils connectés, mais son compagnon Thread est encore loin d’avoir envahi nos maisons. Dans un catalogue indépendant de 1 110 produits, près de 30 % sont annoncés compatibles Matter, contre seulement 5,1 % pour Thread.
Ces chiffres ne décrivent pas l’intégralité du marché mondial, mais ils rappellent une nuance que les emballages entretiennent rarement : acheter un appareil Matter ne signifie pas forcément acheter un appareil Thread. Dans la majorité des cas observés, Matter continue de passer par le Wi-Fi.

Matter et Thread, ce n’est pas la même chose
La confusion est compréhensible, car les deux noms apparaissent souvent côte à côte. Pourtant, ils ne jouent pas du tout le même rôle.
Matter est le langage commun utilisé par les appareils. Il permet, en principe, à une ampoule, une prise ou un thermostat d’être reconnu par plusieurs plateformes comme Apple Home, Google Home, Amazon Alexa, Samsung SmartThings ou Home Assistant.
Thread est le réseau qui transporte les commandes. Il fonctionne sous la forme d’un maillage basse consommation : les appareils compatibles peuvent relayer les informations entre eux, tandis qu’un routeur de bordure Thread fait le pont avec le réseau domestique.
Matter peut donc circuler sur Thread, mais aussi sur le Wi-Fi ou l’Ethernet. En clair, Matter représente la langue parlée par l’appareil ; Thread est seulement l’une des routes qu’il peut emprunter.
Près de 30 % de Matter, mais seulement 5,1 % de Thread
Les chiffres viennent de Smart Home Compared, qui suit 1 110 produits répartis dans 35 catégories et 93 marques. Chaque référence est documentée à partir des fiches techniques des fabricants.
Dans cet échantillon, 29,7 % des produits prennent en charge Matter. Cette proportion monte à 32,7 % si l’on ne conserve que les catégories auxquelles Matter peut réellement s’appliquer.
Thread reste beaucoup plus discret : 5,1 % de l’ensemble des produits suivis disposent de cette connectivité, ou 7,3 % dans les catégories susceptibles de l’utiliser. Plus parlant encore, seulement 16 % des produits Matter du catalogue embarquent également Thread. Les autres reposent principalement sur le Wi-Fi.
Cela ne signifie pas que Thread est condamné. Le Thread Group annonçait avoir dépassé les 1 000 produits et composants certifiés dès novembre 2025. Mais ce chiffre officiel mélange des produits finis, des composants, des modules et des équipements professionnels. Il ne peut donc pas être directement comparé aux 1 110 appareils grand public du catalogue.
Pourquoi le Wi-Fi reste largement devant
Le Wi-Fi possède un avantage assez brutal : il est déjà partout. Une prise connectée, une caméra ou un lave-linge alimenté en permanence peut s’y connecter sans nécessiter de routeur Thread supplémentaire.
Pour les appareils sur batterie, l’équation est différente. Une serrure, un détecteur d’ouverture ou un capteur de température n’a pas besoin de transmettre une vidéo en 4K. Thread est justement conçu pour transporter de petites quantités de données avec une consommation réduite, tout en étendant la couverture grâce au maillage.
Le problème, c’est que l’utilisateur doit disposer d’un routeur de bordure compatible. Cette fonction est intégrée à certains HomePod, Apple TV, Nest Hub, enceintes Echo, routeurs Eero ou hubs SmartThings, mais pas à toutes les générations. Deux appareils qui se ressemblent peuvent donc offrir une expérience très différente. C’est d’ailleurs un point à surveiller avec le futur hub maison connectée d’Apple, attendu le 13 octobre.
Et le logo Matter ne suffit pas pour le savoir.
Matter sur Wi-Fi n’est pas un mauvais Matter
Il serait tentant de conclure que Thread représente la bonne version de Matter et le Wi-Fi la version au rabais. Ce serait aller un peu vite.
Pour une caméra, un écran connecté ou un appareil électroménager, le Wi-Fi reste souvent plus logique grâce à sa bande passante et à une alimentation disponible en permanence. Thread prend surtout son sens pour les ampoules, prises, capteurs, serrures, thermostats et autres équipements qui échangent peu de données.
Ce qui compte réellement, c’est la qualité de l’implémentation. Un appareil Matter sur Wi-Fi peut fonctionner rapidement et localement, tandis qu’un produit Thread mal intégré peut devenir pénible à installer ou se retrouver isolé sur un réseau mal configuré.
L’interopérabilité ne se résume donc pas à une collection de logos. Matter définit des fonctions communes, mais chaque plateforme ne les expose pas forcément de la même manière dans ses applications et ses automatisations.
Ce qu’il faut vérifier avant d’acheter
La première question n’est pas seulement « est-ce compatible Matter ? », mais « Matter sur quel réseau ? ».
La mention « Matter over Thread » implique normalement la présence d’un routeur de bordure Thread dans le logement. « Matter over Wi-Fi » utilise le réseau sans fil existant. Dans les deux cas, il faut aussi vérifier les fonctions effectivement reconnues par la plateforme choisie.
Une prise peut parfaitement être visible dans Apple Home, Google Home et Alexa, mais sa mesure de consommation électrique ne pas remonter partout. Même chose pour les effets lumineux, les modes avancés d’un thermostat ou les informations détaillées d’un capteur.
Matter progresse donc réellement, mais il ne fait pas encore disparaître les vérifications avant achat. La promesse d’une maison connectée universelle avance ; elle n’a simplement pas encore atteint le stade où l’on peut acheter les yeux fermés.
Ce qu’il faut retenir
- 29,7 % des 1 110 produits suivis sont annoncés compatibles Matter.
- Seulement 5,1 % utilisent Thread et 16 % des produits Matter combinent les deux technologies.
- Le logo Matter ne précise ni le réseau utilisé ni toutes les fonctions disponibles dans chaque écosystème.
