Bee est de retour, et cette fois c’est Amazon qui tient le micro. Le géant américain, qui avait racheté la start-up en 2025, vient de présenter deux nouveaux enregistreurs IA : le Bee Frontier à 75 dollars et le Bee Eclipse à 100 dollars. Leur promesse : écouter vos conversations toute la journée pour en tirer des résumés, des rappels et une liste de tâches. Sur le papier, c’est bluffant. Dans les faits, ça se discute, et on va voir pourquoi.
Un bracelet et un palet aimanté
Le Bee Frontier remplace le premier bracelet Bee, vendu 50 dollars avant le rachat. C’est un petit module qui se porte au poignet avec un bracelet en silicone ou qui se clipse sur un vêtement. Il embarque deux micros avec filtrage du bruit, une certification IP67 et environ sept jours d’autonomie, avec une recharge en USB-C. Il est déjà en vente sur Amazon.com à 74,99 dollars, soit un peu plus de 65 euros.
Le Bee Eclipse prend un format carte bancaire : 4,6 mm d’épaisseur, une cinquantaine de grammes, et il se fixe par aimant au dos du smartphone, compatible MagSafe. Il annonce plus de 21 jours d’autonomie, soit trois fois plus que le bracelet, et il sait capter les deux côtés d’un appel téléphonique comme les conversations en face à face. Prix : 99,99 dollars, mais sans date de sortie précise pour l’instant, juste un « bientôt ».

Côté usage, les deux font la même chose. Un bouton permet de lancer ou d’arrêter l’écoute, une LED indique quand ça enregistre, et on peut régler une extinction automatique après un moment de silence. Vous pouvez aussi marquer un moment important ou dicter une note vocale.

Une mémoire externe, et c’est là que la techno est géniale
Là où je dois être clair, c’est que du point de vue technologique, c’est quand même super. Avoir une sorte de mémoire externe, qui retient la date du rendez-vous que votre collègue a lâchée entre deux portes, le titre du livre qu’un ami vous a conseillé ou la tâche promise en réunion, c’est vraiment utile. L’IA transcrit, résume, extrait les dates, les engagements et les idées, puis range tout ça dans l’application, avec des modèles de résumé pour les cours, les réunions ou les séances de brainstorming. Et avec Alexa+, qui arrive justement en France, on pourra même demander à voix haute à une enceinte Echo le résumé d’une réunion.
Les intégrations suivent : Gmail, Google Agenda, Outlook, Photos et Santé d’Apple. Bee peut vous proposer un mail de suivi ou la création d’un événement. Reste à vérifier que l’IA ne prend pas une simple proposition pour une décision définitive, parce que ça, on l’a déjà vu avec d’autres assistants. Une relecture humaine reste indispensable.
L’abonnement Bee Pro : la mémoire, mais pas gratuitement
Évidemment, il y a un abonnement. Sans payer, vous avez les résumés de base et une mémoire qui s’arrête au bout de 14 jours. Pour aller plus loin, il faut passer à Bee Pro, à 11,99 dollars par mois (environ 10 euros) : historique illimité, assistant qui répond à vos questions, application pour ordinateur, connexions aux mails, à l’agenda et à Santé, et surtout le pont vers Alexa+ et Amazon.com. Les nouveaux acheteurs ont 30 jours d’essai, et ceux qui avaient l’ancien bracelet gardent leurs fonctions sans rien payer de plus.
Ce qui m’a fait sourire, c’est le pont vers Amazon.com. Vous mentionnez des baskets au détour d’une discussion, et Bee ira vous les retrouver sur la boutique. Autrement dit : un micro permanent, plus un abonnement mensuel, pour que vos conversations finissent en liste de tâches et, accessoirement, en panier d’achats.
Confier sa vie à Amazon : là, j’ai un souci
Amazon promet un système baptisé Bee Private Compute. L’audio est transcrit en temps réel puis supprimé, les transcriptions sont chiffrées avec des clés que seul l’appareil contrôle, et le traitement se fait dans un environnement isolé bâti sur AWS Nitro, avec un audit du cabinet Trail of Bits. Sur le papier, c’est sérieux et j’ai envie d’y croire. Mais confier l’intégralité de ses conversations à une entreprise dont le métier est de vous vendre des choses, ça ne me donne vraiment pas envie, et ça ne vaut pas du rêve quand on sait ce que ces entreprises font de la vie privée.
Autre point qui coince : un Bee allumé enregistre en continu, alors qu’une enceinte Echo attend un mot-clé avant d’écouter. Un voyant est censé prévenir les gens autour de vous, mais l’Eclipse ressemble beaucoup à une batterie externe, et son voyant passe facilement pour un témoin de charge. Et puis vos collègues, vos amis ou le serveur du restaurant n’ont jamais rien signé. Amazon se contente de rappeler qu’il appartient à l’utilisateur d’obtenir l’accord des personnes enregistrées, selon les règles locales.
Autre zone d’ombre : quand on active le lien avec Amazon.com, on ne sait pas ce qui sort de cet environnement chiffré. Seulement le nom du produit ? Un extrait de la conversation ? Amazon n’a pas détaillé, et c’est précisément le genre de détail qui compte. Même schéma que le HomeView d’Apple : une belle promesse, mais pas pour l’Europe.
Et en France ?
La question ne se posera pas tout de suite : les deux appareils sont vendus uniquement aux États-Unis, et Amazon n’a annoncé ni prix en euros ni date de sortie en France. On les imagine d’ailleurs mal traverser l’Atlantique, puisque chez nous, enregistrer une conversation privée sans l’accord des participants est tout simplement interdit. Là-dessus, pour une fois, on ne va pas se plaindre que la France ne soit pas servie.
Mon avis
Je suis partagé, et je ne m’en cache pas. D’un côté, une mémoire externe qui capte tout et qui vous rend vos journées sous forme de résumés, c’est le genre de truc qui pourrait vraiment servir aux étudiants, aux réunions à rallonge ou à ceux qui jonglent entre mille sujets. Dans le même esprit que le HIYD, c’est un objet qui s’ajoute à la tenue pour la rendre plus intelligente. De l’autre, tout ça passe par une entreprise qui gagne sa vie en vous vendant des choses. À 75 dollars plus un abonnement, je préfère garder mes conversations pour moi.
